Tehem : "Un prétexte pour parler d’un thème important"

Avec "Les dossiers de Zap Collège", Tehem explore un grand sujet d’actualité à travers le regard d’adolescents. Ça commence avec les migrants dans ce premier tome. Grâce à un dossier plus pédagogique en fin d’album, l’auteur propose un récit sans lourdeur et bien rythmé.

Quel est le concept des "Dossiers de Zap collège" ?
Tehem. Il s’agit des aventures de cinq collégiens qui sont en charge du journal du collège. Chaque histoire est le prétexte pour parler d’un thème important qui fait l’actualité du moment. Et ce "journal du collège" est l’occasion d’approfondir le sujet avec un dossier spécial en fin d’album, censé être rédigé par les personnages principaux, Jean-Eudes, Ecoline, Hayat, Eddy et Victor.



Quand vous écrivez pour la jeunesse, est-ce que vous vous sentez investi d’une petite mission éducative ?
T. Je n’écris pas exclusivement pour la jeunesse. J’ai déjà réalisé des romans graphiques à destination des adultes. Mais c’est vrai que j’ai commencé ma carrière avec des séries pour ados ("Malika Secouss", "Zap collège", "Lovely Planet", "Tiburce"…). C’est une tranche d’âge qui me parle particulièrement. Mais, je ne me sens pas investi d’une mission éducative particulière.
Depuis le début, je dessine égoïstement pour me satisfaire avant tout ! La question du public se pose après : à Tchô par exemple, au fil du temps, on s’est imposé une sorte d’autocensure naturelle, car on s’est focalisé sur un public particulier.



Commencer cette nouvelle série par les migrants s’est vite imposée ?
T. Assez naturellement : c’était LE thème principal de l’actualité pendant que je cherchais un sujet. De plus j’ai fait la connaissance de David Lessault, chercheur au CNRS, dont le domaine de recherche est justement la migration. C’est lui qui m’a donné les informations dont j’avais besoin pour mon histoire et avec qui nous avons fait le dossier de fin d’album.



"Le Trône de fer blanc" explique l’actualité, mais de façon détournée, sans être jamais didactique. C’était important pour accrocher le lecteur ?
T. C’est avant tout une fiction, le temps de l’actualité informative arrive avec le dossier en fin d’album. Ce qui me laisse toute latitude pour traiter du sujet avec plus de légèreté, bien qu’essayant de ne pas raconter des contre-vérités. Et je pense que ce qui m’aide beaucoup à éviter le côté didactique, c’est que l’histoire est vécue à travers le regard d’enfants de 14-15 ans.
Il me semble en effet que regarder les choses du point de vue des ados est très intéressant, car l’ado est manichéen : tout est blanc ou noir, il manque d’expérience pour nuancer les choses, et c’est normal. J’essaie de donner au lecteur un peu de recul vis-à-vis de ces positions en montrant des ados parfois en contradiction avec leurs principes.



Votre passé de professeur vous a aidé ?
T. Bien sûr, il m’aide toujours sur cette série. Même si je suis en disponibilité depuis 22 ans, j’ai toujours un œil sur le collège et son évolution, car ma femme est enseignante. J’ai un espion dans la place ! Quand j’étais professeur d’arts plastiques, j’étais à un poste privilégié pour observer les comportements des uns et des autres. J’ai animé des clubs, et aussi fait du sport avec eux à l’UNSS. J’ai pu observer les élèves hors de leur milieu habituel, la salle de classe. Tous mes personnages de "Malika Secouss" et de "Zap collège" ont réellement existé. Bon, avec des aménagements pour ne pas les froisser !



Il y a aussi beaucoup d’humour dans "Le Trône de fer blanc". Est-ce difficile d’écrire des gags quand on évoque un sujet aussi dramatique que les migrants ?
T. Le souci est de ne pas tomber dans la sensiblerie facile. On peut se moquer de tout : la situation des migrants est dramatique, mais on peut exposer des faits en restant léger. Je pense que rire du malheur, c’est aussi une forme de dénonciation, tout dépend de comment est formulé le gag.



Votre album met en scène des adolescents. Est-ce difficile de les décrire avec justesse et d’adopter leur vocabulaire ?
T. Le langage des ados évolue sans cesse. Je le vois à travers mes propres enfants : chaque mois, de nouveaux termes arrivent, en passant par les réseaux sociaux, les vidéos, les jeux et les nouvelles applications... C’est difficile de suivre, mais peut-être ne faut-il pas suivre à tout prix justement. De toute façon, le temps qu’on assimile une expression, une fois écrite dans une bulle de bande dessinée, elle est déjà obsolète. Ce qu’il ne faut pas faire en tout cas, c’est d’essayer de les singer. J’essaie pour ma part de trouver des expressions propres aux personnages, qu’on s’attend logiquement à entendre de leur bouche.



D’autres dossiers de "Zap collège" sont prévus ?
T. J’ai bien envie de remettre ça, tout dépend du magazine Okapi, dans lequel "Zap Collège" est prépublié. J’attends que la rédaction me propose une "fenêtre de tir". Les thèmes ne manquent pas : le populisme, les gilets jaunes, le réchauffement planétaire...

Propos recueillis par Emmanuel Lafrogne
(sur Twitter)

"Les dossiers de Zap Collège - Tome 1. Le trône de fer blanc" par Tehem. Bamboo éditions. 19,95 euros.