ZIGEUNER - ACTE 1

Début de l’histoire tragique d’un boxeur allemand d’origine tzigane qui remporta le titre national en 1933... Un bel hommage.

Boxeur exceptionnel, Johann Trollmann est simplement né au mauvais moment et au mauvais endroit. C’est adolescent que celui que l’on surnomme "Zigeuner" ("le tsigane") à cause de ses origines Sinti (les manouches vivant en Allemagne) décide de s’entraîner seul à boxer parce qu’il ne supporte plus d’être battu par de jeunes voyous du village et par son père. Un jour, son père finit par faire venir un entraîneur de boxe juif qui n’hésite pas une seconde avant de le prendre comme élève dans son école de boxe.
Cette histoire vraie qui a reçu le premier Prix VSD de la bande dessinée est découpée comme une biographie classique : l’enfance, l’adolescence, la naissance d’une graine de champion et en milieu d’album la victoire et une (courte) consécration en 1933 lorsque Trollmann remporte le titre national des mi-lourds... Les archives concernant le boxeur ayant été volontairement détruites par les nazis, Nathaniel Legendre s’est principalement basé sur des échanges de mails avec Manuel Trollman, descendant de Johann.
C’est propre, fluide, le dessin rond de Jordi Planellas est agréable et les couleurs de Florence Fantini sont tout à fait dans le ton de l’époque. On aurait aimé un peu plus de punch dans cette histoire de boxe et surtout des combats qui nous fassent davantage vibrer... Mais la menace nazi, déjà bien présente dans cet album, devrait peser encore davantage dans l’Acte II car un sportif tzigane plus fort que les représentants de la race aryenne et adulé par les amateurs de boxe, voilà qui a le don d’irriter au plus haut point au sein du parti nazi ! On imagine donc un dénouement bien plus dramatique pour Trollmann, d’autant que l’on sait que les tziganes ont été parmi les premiers emmenés dans les camps de travail ou de concentration nazis ... 85% de la population des Sinti a été déportée à partir de 1938. Des 130.000 Sinti vivant en 1939 dans l’Empire allemand, il en restait 50.000 dans la République allemande des années 1990.