MELVILE

Un romancier en panne d’idée s’installe dans l’ancienne maison de son père, dans un village paumé. Une atmosphère à la Stephen King et de très belles planches pour une histoire fouillée et cohérente.

Pas facile d’être le fils d’un grand écrivain quand soi-même on ne trouve plus l’inspiration pour écrire un second roman... Une situation à laquelle Samuel Beauclair doit faire face, reclus avec son épouse enceinte dans la maison isolée ayant appartenu à son père dans la petite ville de Melvile.
"Melvile" c’est d’abord une ambiance particulière à la Stephen King, une plongée dans une petite ville au milieu des montagnes et des forêts, hantée par une légende : celle d’Abraham Tréjean, le fondateur de la bourgade, qui dans sa grande sagesse sait que pour avancer dans la vie, un fils doit tuer son père. Symboliquement, voire davantage... Avec des teintes ocres et de beaux clairs-obscurs au diapason de cet automne qui n’en finit pas et un graphisme parfois quasi cinématographique, le one-shot de Romain Renard ne passe pas inaperçu. Une impression d’ensemble confirmée par l’intrigue, efficace. Certes, on se doute assez rapidement de la réalité des "relations" entre Samuel Beauclair et son épouse, le ressort scénaristique ayant été maintes fois utilisé, notamment au cinéma. Mais rien de grave car le sujet de l’album est avant tout celui de la filiation. Prenant son temps pour donner de l’épaisseur à son héros et nous montrer le désordre émotionnel de Samuel Beauclair, Renard ("American Seasons" avec Yves Vasseur) dépeint un être tourmenté, écrasé par l’oeuvre immense de son père. Pour accompagner la lecture, l’auteur propose une bande-son et des contenus en réalité augmentée (vidéos, étapes de réalisation de la BD, interview, etc) sur tablette. A condition toutefois de posséder un iPad, l’application ayant été développée en exclusivité pour la marque à la pomme. Dommage.
L’histoire de Samuel Beauclair n’est que le début, promet en tout cas l’auteur qui compte développer des histoires parallèles autour des personnages secondaires de "Melvile". Affaire à suivre donc.

- Le Lombard