LE TOUR DES GEANTS

Le récit du Tour de France 2010, "l’un des plus cruels" de l’histoire de l’épreuve. Intéressant et documenté.

Ils étaient 110 à attaquer le 8e Tour de France, en juillet 1910. Près d’un mois plus tard, 15 étapes et plus de 4.700 kilomètres dans les jambes, seuls 41 d’entre eux franchirent la ligne d’arrivée finale. Pour sa première bande dessinée parue en France, Nicolas Debon - Français installé pendant une dizaine d’années au Canada - s’est penché sur cette épreuve mythique du cyclisme mondial.
Evidemment, à moins d’être un amateur de cyclisme, les noms des champions rencontrés (Lapize, Faber ou Carrigou) ne vous diront absolument rien. Mais apprécier ce sport n’est pas indispensable pour s’intéresser à l’album de toute façon. Ces trois coureurs - sur le podium à l’arrivée - sont certes des "héros" mais ils y en avait 107 autres que l’on découvre plus moins au gré des planches aux dominantes sépia.
Le choix de multiplier les héros et de ne pas se concentrer sur un personnage en particulier interdit de s’attacher vraiment aux coureurs. Mais Debon parvient tout de même à faire ressentir toute la difficulté de la course entre la casses des vélos et les chutes à répétition, les cols à franchir sous la pluie ou le froid. Cette 8e édition n’a d’ailleurs pas été choisie au hasard : "J’ai choisi le Tour de 1910 parce que c’est l’un des plus fous, des plus cruels" explique l’auteur qui a visiblement fait un très gros travail de documentation. A une époque où chaque coureur devait se débrouiller seul à réparer une roue sans assistance de son équipe, à une époque où on s’attaquait à la haute montagne avec des vélos sans dérailleur, à une époque où pour changer de vitesse, il fallait démonter la roue, à une époque où la voiture-balai ne servait pas à porter secours aux coureurs mais à sanctionner les éventuelles infractions, l’aventure est finalement autant humaine que sportive. "Assassins, vous êtes des assassins !" lança Octave Lapize aux officiels du Tour alors qu’il franchissait, à pied et l’oeil chaviré, le Tourmalet...

- Dargaud