LE SINGE ET LA DAME BLANCHE

La satire sympathique d’un microcosme vivant en marge de la société et obéissant à ses propres règles.

Château Ribeyrac, près de Bordeaux. En pleine nuit, une Ferrari quitte la propriété sur les chapeaux de roue avec à son bord une jeune mère et son enfant. Soudain un singe traverse la route et c’est l’accident. Trois jeunes voyous récupèrent le bébé mais laissent la mère pour morte. C’est une prostituée, Museline, qui va prendre en charge le bambin. Seulement, des questions restent en suspens : qui est la jeune femme et que fuyait-elle ?
Avec "Le Singe et la Dame blanche", Nicolas Dumontheuil et Eliane Angéli remettent en scène les personnages du précédent opus - "Le Singe et la Sirène" - qui vivent dans le quartier de Bacalan à Bordeaux. L’histoire est toujours aussi sombre, les personnages toujours aussi glauques. Comme dans "Qui a tué l’idiot ?" (Alph Art du meilleur album au Festival d’Angoulême en 1997), Dumontheuil excelle à décrire un microcosme vivant en marge de la société et obéissant à ses propres règles.
Au fil des pages, on (re)découvre un large éventail de cas sociaux : le père alcoolo et ses gamins délinquants, les macs, les garagistes pas très nets, les petits dealers, la grosse brute au cœur tendre, etc. Museline la prostituée est sans doute le personnage le plus marquant : Vulgaire et dégoulinante de graisse, elle est un vrai tue-l’amour en dépit du succès qu’elle remporte auprès des hommes du quartier.
Le décor dans lequel toute ce petit monde évolue n’est guère plus reluisant : un bar, des maisons délabrées sous les piles du pont d’Aquitaine, des caravanes, des terrains vagues, des casses auto… Mais comme dans le volume, le ton est léger - accentué par le parti pris des couleurs vives - , finalement plus proche de la satire sympathique que d’un misérabilisme à la Zola.
Pour la petite histoire, notons que Nicolas Dumontheuil et Eliane Angéli apparaissent plusieurs fois dans l’album dans leur propre rôle. Celui de deux auteurs de bande dessinée, venus en reconnaissane dans le quartier avant de faire un polar en BD !

- Casterman