BLACKSAD - Tome 3. Âme rouge

Le chat détective de Canales et Guarnido tant attendu nous revient avec un album toujours aussi beau mais au scénario un peu trop tortueux.

C’était l’une des nouveautés les plus attendues de cette fin d’année, revoilà Blacksad dans une nouvelle aventure. Cette fois, le privé à tête de chat traîne son imper et son air désabusé à Las Vegas. Par hasard, il y retrouve son vieil ami Otto Lieber qui est devenu un grand scientifique, candidat au prix Nobel. Mais quelqu’un semble en vouloir à la vie du savant et Blacksad décide d’assurer sa protection.
Une fois de plus la mise en couleur et le dessin laissent sans voix. La gestuelle et l’expressivité des personnages sont incroyables, ces personnages à têtes d’animaux - chats, chiens, crocodile, hibou - ont tout de véritables êtres humains. Quant au scénario, il est ambitieux : après une organisation extrémiste inspirée du Klu Klux Klan, Canales se penche sur la guerre froide et l’Amérique maccarthyste des années 1950.
Toutefois il manque quelque chose à "Ame rouge" pour être au même niveau que les précédents tomes. D’abord parce que les thèmes abordés sont trop nombreux et que l’on finit par s’y perdre. Comme si le thème principal de la chasse aux sorcières contre les communistes n’était pas déjà assez complexe comme cela, viennent également se greffer dessus la crainte d’une guerre atomique, l’incompréhension du néophyte vis-à-vis de l’art contemporain, la traque des anciens nazis, le remord et la repentance... Cela fait donc beaucoup de matière et de personnages secondaires pour un album de 56 pages seulement, d’autant que certaines ellipses nuisent un peu à la compréhension du récit. On s’étonne aussi de voir que l’histoire s’éloigne totalement du début de l’album : Blacksad est à Las Vegas en tant que garde du corps d’un riche joueur mais dès lors que notre détective rencontre Otto Lieber, le scénariste espagnol ne reparle plus jamais de son patron fortuné.
On attendait tellement de ce 3e opus qu’on est donc un peu déçu. Mais n’exagérons rien. "Blacksad" reste une série à posséder absolument. Déjà primée en 2004 par le prix du dessin au festival d’Angoulême (pour le 2e tome "Arctic-Nation"), elle sera de nouveau en compétition en 2006 pour le prix de la meilleure série ( voir la liste des nominés).
Par ailleurs, en même temps qu’"Ame rouge", Dargaud publie "L’histoire des aquarelles", un hors-série qui réunit les recherches à l’aquarelle de Guarnido pour les trois albums de la série.

- Dargaud