AMERE PATRIE - Tome 1

La vie d’un chasseur sénégalais et d’un paysan français à la veille de la Première Guerre mondiale. Une série au démarrage un peu mou mais qui annonce une aventure humaine très intéressante.

Deux hommes, deux cultures. L’un, Ousmane Dioum, est un chasseur sénégalais qui tente de protéger sa sœur de la tradition qui veut qu’une veuve appartienne à la famille du défunt. En échange de la protection de l’armée française, il accepte de s’engager à l’aube de la Première Guerre mondiale. L’autre, Jean Gadoix, est un habile braconnier de Haute-Loire responsable de la ferme familiale depuis l’accident de son père et protecteur de sa soeur, travailleuse à la Compagnie minière.
Deux vies en parallèle donc mais qui, n’en doutons pas, ne tarderont pas à se croiser au cours de la guerre 14-18. Le scénario concocté par Lax ("Le choucas", "L’aigle sans orteil" au dessin) promet d’être riche. Outre le conflit vécu tant du point de vue des Français que de ceux que "la plupart des scientifiques considèrent plus proches de l’animal que de l’homme", "Amère patrie" va s’attarder sur le rôle de la femme : l’Africaine prisonnière de lois tribales ancestrales et l’Européenne également enfermée dans un carcan social qui, lorsqu’elle travaille, gagne la moitié du salaire d’un homme.
Des thèmes intéressants qu’on sent poindre dans ce premier opus qui fait exclusivement office de tome d’exposition. Du coup, la vie des deux personnages principaux est très longuement développée - l’album commence alors qu’Ousmane et Jean sont gamins - donnant une forte densité au récit mais faisant perdre beaucoup de rythme aux planches. On ne s’ennuie pas mais on attend vainement que les événements s’accélèrent d’où une légère déception à la fermeture de l’album. Le tome 2 devrait toutefois pallier cette frustration.
Quant au dessin, il nous offre de vraies tronches et des décors exotiques réussis. Ancien élève de Lax, Fréderic Blier signe ici un premier album lumineux et réaliste autant dans la campagne française que dans la langue de Barbarie, cette presqu’île qui sépare l’Atlantique de la côté sénégalaise.

- Dupuis