Avis de gros vent sur Dupuis

Le directeur général a démissionné, le comité de direction affiche sa défiance à l’égard de Media participations et sa volonté de racheter la maison d’édition.

Ca tangue chez Dupuis. Il y a quelques jours, Dimitri Kennes directeur général de l’entreprise annonçait sa démission au Conseil d’administration de Média-Participations après vingt mois de direction. Il avait remplacé en juillet 2004 l’ancien administrateur démissionnaire, Jean Deneumostier et présentait pourtant en février dernier un bilan de la maison d’édition plutôt positif : 75 millions d’euros de chiffre d’affaires, environ 5 millions d’euros de bénéfices pour 2005, la relance de Spirou et un fort renouvellement de son catalogue.
Le problème viendrait de la "perte d’autonomie progressive" de Dupuis suite à son rachat en juin 2004 par Média-Participations qui détient déjà Dargaud, Le Lombard, Kana, etc. "Nous gardions une liberté éditoriale c’est à dire de choix de nos livres mais nous ne pouvions plus garantir aux auteurs la promotion de leurs albums ni la gestion de leurs droits. Nous sommes soumis à la politique de commercialisation du groupe" a-t-il déclaré à l’AFP. Un sentiment partagé par le directeur éditorial de Dupuis, Claude Gendrot, qui n’excluait pas hier d’emboîter le pas à Dimitri Kennes. Huit des neuf membres du comité de direction l’ont également suivi dans une motion de défiance. A plusieurs reprises, le directeur de Dargaud et directeur général adjoint du groupe Media Participations, Claude de Saint-Vincent, avait pourtant confirmé vouloir maintenir l’indépendance de Dupuis, garante de la culture des catalogues respectifs.
Par ailleurs, selon la presse belge (L’Echo et La Libre Belgique), le départ de Dimitri Kennes aurait été précipité par le refus de Média-Participations d’accepter sa proposition de MBO (Management Buy Out), c’est-à-dire un rachat de l’entreprise par certains de ses salariés.
Si la maison-mère a assuré n’être pas vendeuse, les membres du comité de direction ayant affiché leur défiance ont en tout cas relancé cette idée cette semaine : ils ont déclaré vouloir racheter Dupuis pour 102 millions d’euros, soit exactement le prix payé par Média Participations en 2004. "Dupuis a une belle rentabilité, de nature à générer des investissements. Nous sommes prêts à investir nos deniers, beaucoup de nos auteurs aussi", a affirmé Dimitri Kennes.
"Une illusion absolue" selon Claude de Saint-Vincent qui, concernant le départ de Kennes, s’est contenté d’une lettre disant le "regretter vivement". En attendant la nomination d’un nouveau directeur général - qui sera belge, a-t-il précisé -, Claude de Saint-Vincent a pris en main la "direction opérationnelle" de Dupuis.