GUARANI, les enfants soldats du Paraguay

, par Estelle

En 1868, un photographe venu faire des photos de jeunes femmes guarani se retrouve embarqué dans un conflit entre le Paraguay, le Brésil, l’Uruguay et l’Argentine. Une reconstitution à la fois sobre et poignante superbement mise en images.

Vu de France, l’histoire du Paraguay est un gros point d’interrogation et l’on ignore qu’à l’hiver 1868, alors que le Second Empire était proche de la fin en France, de l’autre côté de l’océan les troupes paraguayennes mettaient leur dernières forces dans la guerre qui les opposait à la Triple Alliance (Brésil, Uruguay, Argentine). De ce conflit aux origines floues, Pierre Duprat n’a que faire. S’il débarque de Marseille à Montevideo, c’est dans le but de photographier des jeunes indiennes dénudées de la tribu guarani : sous couvert d’ethnographie, de riches collectionneurs européens s’arrachent ces clichés une petite fortune…
C’est donc à travers le regard neutre d’un observateur extérieur que le lecteur va suivre les dernières batailles, en particulier celle d’Acosta Nu. C’est l’une des plus sanglantes de l’Histoire, l’une des plus vaines sans doute, l’une des plus horribles certainement : ses troupes décimées, le jusquauboutiste maréchal Lopez préféra envoyer des enfants guarani sur le front plutôt que de capituler. Evidemment, même avec un fusil dans les mains, un uniforme et une moustache dessinée à la suie, les pauvres gamins ne firent pas le poids face aux 20.000 soldats de la Triple Alliance et 3.500 petits Paraguayens furent massacrés ce jour là… "Ce n’est pas ma guerre", se répètera encore et encore Pierre Duprat, comme pour se protéger des sentiments de dégoût et d’impuissance qui l’envahissent. Faisant par cet album acte de mémoire, Diego Agrimbau évite donc assez justement de sombrer dans le pathos, préférant garder sobriété et distance, s’efforçant de donner la parole aux différents camps. Le superbe travail graphique de reconstitution historique de Gabriel Ippoliti est du même ordre. Ses couleurs directes aux teintes naturelles et son crayonné fin entre réalisme et semi-réalisme pour décrire les costumes, les paysages et les batailles participent à cet hommage aux enfants soldats tombés lors de la bataille d’Acosta Nu, le 16 août 1869. Désormais, au Paraguay, la Journée de l’enfant est célébrée le 16 août.

Dessinateur : Gabriel Ippoliti - Scénariste : Diego Agrimbau - Editeur : Steinkis - Prix : 20 euros.