CYBERFATALE - Tome 1. Si ça sort, on est morts

, par Estelle

Branle-bas de combat dans les services français de la cyberdéfense : une photo du président de la République en slip kangourou fait le tour du web. Une opération de communication est lancée pour faire oublier le couac. Réseaux sociaux, nouvelles technologies et géopolitique sont au menu d’une histoire réaliste étonnamment basée sur le comique et la farce.

Scandale d’Etat en vue : une photo du président de la République en slip kangourou se diffuse sur les réseaux sociaux sous le nez des services de cyberdéfense… Pour couper l’herbe sous le pied de ceux qui ne vont pas tarder à se gausser et critiquer l’excellence française, le ministère des Armées à l’idée de réaliser un documentaire sur Balardgone, l’équivalent français du Pentagone. Mais le journaliste choisi s’avère moins facile à manipuler que prévu, d’autant qu’il va être témoin d’une attaque beaucoup plus sérieuse…
Tous autant qu’ils sont - l’amiral Duperré patron de la cyberdéfense, son adjointe Gabrielle Orsinoni alias Mme O, qui fantasme sur une fessée, la toute jeune promue "legad" (officier chargé de faire respecter le droit sur le champ de bataille cyber) ou encore l’étourdi capitaine Garnier -, les personnages donent l’impression d’être un peu dépassés. Et pourtant, ils existent tels quels ou inspirés de plusieurs personnes existantes. C’est en tout cas ce qu’affirme l’un des scénaristes du collectif d’experts qui se cache derrière le pseudo "Cépanou". Oeuvrant lui même dans la cyberdéfense, il apporte la caution réaliste à cet album conçu avant tout comme une comédie décalée voire même burlesque. Objectif : être à la fois crédible et accessible et décrire le fonctionnement des services militaires dédiés aux attaques sur les réseaux informatiques en évitant le côté grave et anxiogène du sujet.
Mission réussie pour ce dernier point. Les personnages qui semblent être dans un état d’hystérie permanent sont effectivement plus vendeurs que des militaires stoïques derrière leurs bureaux, d’autant que le trait expressif et nerveux de Clément Oubrerie ("Aya de Yopougon") frôle souvent la caricature. L’intrigue de "Cyberfatale" est efficace et la chute imprévisible. Le propos et le suspense auraient-ils toutefois pâti d’un peu plus de sérieux ? Pas sûr. Le diptyque "Quai d’Orsay" signé Christophe Blain et Abel Lanzac (pseudonyme d’Antonin Baudry qui fut l’une des plumes de Dominique de Villepin au ministère des Affaires étrangères) était parvenu à nous plonger dans les arcanes de la diplomatie française en jouant aussi sur l’humour certes mais avec plus de finesse qu’ici.

Dessinateur : Clément Oubrerie - Scénaristes : Cépanou - Editeur : Rue de Sèvres - Prix : 15 euros.