Pierre-Roland Saint-Dizier : "On va droit dans le mur"

, par Estelle

Choqué par la photographie d’un rhinocéros noir abattu par des braconniers, le journaliste Pierre-Roland Saint-Dizier a mené l’enquête pour écrire cette fiction indispensable. "Les adieux du rhinocéros" raconte la lutte des rangers contre le braconnage, mais souligne aussi l’excellent travail de préservation des espèces des parcs animaliers. 


Après une fiction sur le réchauffement climatique et un album avec la SPA, vous abordez la question de la préservation des espèces menacées. La bande dessinée est un bon vecteur pour promouvoir de grandes causes ?
Pierre-Roland Saint-Dizier : Mon boulot, d’abord, c’est de raconter une histoire ! Mais il est vrai que le 9e art est un support idéal pour interpeller, sensibiliser et faire réfléchir. Pas étonnant que la BD soit entrée dans les écoles. 



C’est la photo d’un rhinocéros noir abattu par des braconniers qui a été le point de départ de cet album. Quel a été ensuite votre cheminement ?
P.-R.S. : J’ai vécu deux ans en Afrique à la fin des années 90 et j’ai eu la chance de voir de près la faune sauvage. Je suis aussi personnellement préoccupé par la disparition de la biodiversité et des menaces qui planent sur notre planète et suis donc avec intérêt l’actualité sur le sujet. Étant journaliste de profession, j’ai donc mené mon enquête ! Je voulais comprendre précisément la situation sur le terrain, notamment la problématique du braconnage et du trafic d’espèces sauvages. J’ai lu beaucoup d’articles et rencontré des personnes qui agissent pour la conservation des rhinocéros noirs. Plusieurs éléments de l’intrigue s’inspirent d’ailleurs de leur vécu. 



Votre fiction aurait pu se contenter de raconter la traque des braconniers par les rangers, mais vous y avez ajouté un troisième point de vue avec l’équipe d’un zoo qui travaille à la réintroduction de l’espèce. Il est important de montrer que les parcs animaliers, qui sont parfois critiqués, sont indispensables à la survie de certaines espèces ?
P.-R.S. : 
Les zoos que j’ai connus enfant évoluent vraiment dans le bon sens. J’ai vu un parc, par exemple, qui offrait 5 hectares à ses rhinocéros ! En travaillant avec l’association française des parcs zoologiques, j’ai mieux compris leurs missions. On l’ignore souvent, mais ils soutiennent notamment des actions de préservation dans le milieu naturel d’espèces sauvages menacées d’extinction et participent même parfois à des réintroductions quand les conditions sont réunies. Ça a été le cas cet été pour cinq rhinocéros noirs issus de parcs zoologiques qui ont été réintroduits au Rwanda. La fiction a rejoint la réalité !



Vous présentez plusieurs façons de lutter contre le braconnage en combattant la corruption, en éduquant les consommateurs ou en développant le tourisme pour améliorer le niveau de vie des habitants. Quel est le levier le plus efficace ?
P.-R.S. : 
Il faut agir sur tous les fronts pour réussir à sauver les espèces en danger critique d’extinction. Il faut rester optimiste, même si je crains le pire… J’ai parlé des rhinocéros, mais la BD aurait pu traiter de centaines d’autres espèces tout aussi menacées. On va droit dans le mur.



Vous avez souvent travaillé avec le dessinateur Andrea Mutti…
P.-R.S. : 
Andrea est un dessinateur confirmé avec qui j’aime travailler. Nous sommes vraiment complémentaires et il a un dessin qui convient bien pour ce genre d’album. Il est toujours partant pour les projets que je lui propose… et nous travaillons déjà sur un nouvel album engagé autour de la protection de l’environnement. Sortie en 2020 ! 



Il réussit à faire ressentir les émotions des animaux. Cette émotion, que vous avez ressentie en découvrant la photo du rhinocéros noir, était importante à faire partager ?
P.-R.S. : 
Le choc des photos n’est pas qu’un slogan pour un magazine bien connu. La photo de Brent Stirton m’a véritablement choqué. Et probablement que cela aurait été encore plus terrible de voir de mes yeux ce massacre. Comme journaliste et scénariste, il me semblait donc intéressant de partager à mon tour cette émotion à travers un album BD.

Propos recueillis par Emmanuel Lafrogne
(sur Twitter)

"Les adieux du rhinocéros" par Pierre-Roland Saint-Dizier et Andrea Mutti. Glénat. 14,50 euros.